allée boiséeVilleneuve et la forêt d'Argenson

Au début de l'ère chrétienne, une importante voie romaine, passant par Saintes, unit Bordeaux à Poitiers... Un peu plus tard, une autre voie reliera Saintes à Niort ; la grande forêt d'Argenson [7 à 15 km de largeur, et 80 à 120 km de longueur] se trouva donc morcelée en "ilots" boisés, de tailles diverses : [forêts de Benon, de Tusson, de Chizé, d'Aulnay...]. Cependant jusqu'au 15e siècle, un même vocable sera donné à ces différents massifs forestiers, celui de la forêt d'Argenson... Cette vaste forêt formait alors une frontière naturelle entre le territoire des Santons et celui des Pictons.

L'époque gallo-romaine voit probablement la création de premiers grands domaines, villae ou comtés. Du 10e au 12e siècle, l'exploitation des ressources de la forêt et de nombreuses concessions de droit d'usage à des Eglises vont participer à la mise en valeur de la région.

L'exploitation de la forêt, jusque là réservée essentiellement aux grands domaines ecclésiastiques, s'amplifie à la fin du 12e et au début du 13e siècle, par la création de villes neuves : la poussée démographique, si forte alors, provoque l'installation "d'hôtes", classe nouvelle de paysans, bénéficiant d'intéressants avantages destinés à les attirer en de nouveaux points de peuplement, sur des terroirs de valeur moindre que ceux plus anciennement exploités.

Le chemin de Saintes à Niort, voit donc la création de nombreux bourgs : les dernières créations semblent être Belleville et Villeneuve, qui semblent être l'oeuvre des seigneurs de Chizé, qui les ont dotées de franchises pour favoriser un développement rapide.

Le plan en damier du bourg est caractéristique des villages nés d'une initiative seigneuriale qui a prévu le regroupement  des centres d'exploitation dans un terroir peu favorable à la dispersion.

Au début de l'histoire de Villeneuve, le bourg aurait donc pris le nom de Villeneuve d'Argenson, avant d'être rebaptisée, plus tard, Villeneuve la Comtesse. (voir ci-dessous la charte de la comtesse d'Eu)

Création d'une "ville" nouvelle : Villeneuve d'Argençon ?

Charte de la Comtesse d'Eu

"Moi, Aéliza, Comtesse d'Eu, je fais connaître à tous, pour le présent et le futur, ceci : lorsque j'ai reçu en legs Villeneuve de Argaconius(1), située entre Belleville et Croix la Comtesse, j'ai trouvé dans ce village, les libertés et les coutumes suivantes, accordées à ce village et à ses habitants, sous serment par Radulphe(2), jadis mon époux, lorsqu'il a fondé ce village sur les conseils de ses hommes. Telles sont les libertés de ce village, imposées et concédées depuis le début ainsi que je l'ai appris de plusieurs, sous la foi du serment : ils furent présents personnellement à la fondation du village.

Il fut établit que quiconque viendra là serait tenancier et recevrait un domaine sur lequel il payerait chaque année à Noël deux sous de monnaie courante et six deniers, et tout autant à la fête de la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) quatre chapons à la fête de la Toussaint, de toute terre qui sera donnée avec le domaine pour la cultiver, sera due la onzième gerbe en redevance foncière. Il a été de même établi que si par hasard le paiement était différé jusqu'au dimanche le plus proche après l'octave de Noël ou de Saint Jean Baptiste, pendant ce temps, personne ne pourrait être dégagé de sa dette en aucune manière.

Tous les hommes auront un plein usage de la forêt de Aragonius, à l'exéption de trois arbres : le chêne, le hêtre et le frêne. Quand quelqu'un voudra prendre du bois de construction, il le fera de tout arbre qu'il voudra sous la surveillance des gardes forestiers, sans lesquels les villageois ne pourront rien prendre comme bois de construction, mais si en dehors de toute surveillance, ils sont trouvés en train de couper ce qui est interdit, à moins d'être pris sur le fait, et si, en dehors de la forêt ils sont trouvés dans le même délit, ils ne payeront aucune amende parce q'en dehors de la forêt, ils ne seront pas poursuivis, à l'intérieur ils seront taxés de cinq sous.

Personne du village ne sera cité en justice en dehors du village, par un seigneur du village, ni ne payera la taille, ni ne fera le service des armes, ni la chjevauchée ou les chemins, ni ne payera quelque droit sur les porcs. Personne ne pourra être taxé pour un délit quelconque au-delà de cinq sous, sauf pour homicide, vol ou blessure entraînant la mort.

Si un habitant de ce village a fait des coupes dans les bosquets qui entourent le village et s'il est pris sur le fait, pour amende, il payera quinze sous et tout autant s'il a été trouvé en train de tendre des pièges aux lapins ou s'il les a chassé.

Si un boeuf, une vache, un cheval, un âne, une jument, une ânesse ou une autre bête a été trouvé faisant des dégats dans les mêmes bosquets, l'amende sera de cinq sous.

Tous les hommes du village feront cuire leur pain à mes fours, selon les us et coutumes de Belle Ville, car ce village a été, en effet, fondé selon les us et coutumes de Belle Ville.

Moi, Aéliza, Comtesse, avec l'accord de la commune, j'ai ajouté ceci : les habitants du village ne pourront vendre à un autre seigneur du village, un chapon ou une poule, si ce n'est au prix sur lequel on s'est entendu dès le début, c'est à dire que pour chaque chapon, on ne perçoive que les six deniers de la monnaie courante du Seigneur du Village...

Quiconque du village vendra de la viande au village donnera en dîme au Seigneur du village, un boeuf pour douze deniers de revenu, un porc pour six deniers, un bélier pour quatre deniers.

Pour que tout ce qui est consigné ci-dessus ait plus de sureté pour l'avenir, j'ai apposé mon sceau sur la présente charte, l'an du Seigneur mille deux cent trente cinq, au mois de novembre"...

Sources : bulletin municipal de Villeneuve la Comtesse - juin 2007 - n°6

Quelle est cette comtesse qui laissa son titre au village ?

Sans documents fiables, il est difficile de dire quelle est la Comtesse qui laissa son titre au village. Plusieurs hypothèses ont été émises à ce sujet...

Dans sa notice historique sur l'ancien château de Villeneuve-la-Comtesse, Hippolyte d'Aussy, s'est demandé pourquoi le nom de Comtesse a-t-il été joint à celui de Villeneuve? "Il y a très certainement eu une cause, et on est réduit à des suppositions plus ou moins vraissemblables : la Comtesse de ce manoir le défendit-elle en l'absence du seigneur, avec tant de valeur qu'elle mérita que le titre de l'héroïne s'identifiat avec le château, ou la fille du châtelain a-t-elle paisiblement succédé à son père et porté en apanage ce fief dont elle avait été la dame? Il ne peut guère y avoir une troisième hypothèse ; mais laquelle des deux autres est conforme à la vérité? Voilà la question à résoudre".

Cependant, Paul De Lacroix, allait trouver une troisième hypothèse : "d'Aussy ne connait pas les possesseurs de Villeneuve avant le 07.11.1585, à cette époque, Villeneuve appartenait à François de La Laurencie, à qui Henri III écrivit pour le féliciter d'avoir conservé le château et empêché qu'il retomba aux mains des ligueurs. Or, il existe aux archives nationales, une pièce "don par le roi Louis XII de la terre et seigneurie de Villeneuve, près Chizé, à la Comtesse Louise de Savoie, fait à Bloys le 8e jour de mars 1498 ; cette terre avait été vendue et engagée par Charles VII au comte de Poitou, et comme elle relevait de Chizé, le roi, sur la demande de la Comtesse, tant en son nom que comme ayant la tutelle de ses enfants, la lui octroya. De la Villeneuve fut ensuite appelé Villeneuve-la-Comtesse".

Et une nouvelle hypothèse fut émise par Demellier, qui pensait que Eléonore d'Aquitaine avait pu laisser son titre de Comtesse à Villeneuve. Ce fut d'ailleurs longtemps la théorie retenue....

Toutefois, il ne serait pas impossible que ce soit Aélis, comtesse d'Eu, qui ait laissé son titre au Village. Elle était l'épouse du seigneur des lieux, Raoul de Lusignan, fondateur du village.

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