la gareDès novembre 1866, le conseil municipal de Loulay demandait que soit créée une ligne de chemin de fer Niort/Saint-Jean d'Angély.

 

Le 09.07.1872, le conseil municipal de Loulay devait se prononcer sur plusieurs tracés de l'avant projet de construction de la ligne de chemin de fer Saint Jean d'Angély-Niort. Un tracé rouge passait par le Pin (Saint-Denis-du-Pin), Loulay, Villeneuve-la-Comtesse, Beauvoir sur Niort ; un second tracé, bleu, passait par le Pin, Lozay, Doeuil, la foye Monjault. Evidemment, le conseil municipal de Loulay émit le voeu que ce soit le tracé rouge qui fusse exécuté, bien que ce ne soit pas le plus direct. Une des raisons évoquée pour ce choix fut l'exportation, notamment celle des vins : se basant sur les chiffres de l'année précédante, le conseil municipal mit en avant que Loulay et Villeneuve avaient expédié 49843 hectolitres de vin et 8076hectolitres d'eau de vie, tandis que Lozay et Doeuil n'avaient expédié que 16762 hecolitres de vin et 2544 hectolitres d'eau de vie....

Le tracé rouge se réalisa....

D'après l'enquête sur l'emplacement des stations, datée du mois de mars 1877, la station (ou gare) de Villeneuve serait appelée à desservir outre la localité de Villeneuve, celles de Vergné, la Croix-Comtesse, Doeuil, Migré, Villeneouvelle, Saint-Séverin sur Boutonne, Saint-Etienne-la-Cigogne, Belleville et Saint Martin d'Augé, soit une population totale de 4949 habitants.

 

La station se trouverait à des distances peu éloignées des centres qui doivent assurer son trafic par la grande quantité de briques, tuiles, chevaux, bestiaux, bois, sable, pierres, céréales, fourrages, charbon de bois, légumes, vin, etc....

Cette station serait établie entre les chemins de Surgères à Villeneuve et de Marsais à Villeneuve. L'accès en serait très facile, grace à un chemin venant directement de la ville à la station, et pour les communes situées à gauche de la voie ferrée au moyen d'un chemin latéral reliant les deux routes entre lesquelles la station est projetée...

 

La municipalité de Villeneuve venant de recevoir le dossier relatif au projet d'emplacement de la station que la Compagnie des Charentes se propose d'établir à Villeneuve la Comtesse sur sa ligne de Saint Jean d'Angély à Niort, une enquête à ce sujet ayant été ouverte à la mairie..., le conseil municipal est d'avis, à l'unanimité que la station de Villeneuve soit établie sur l'emplacement désigné au plan et soumis au conseil.... et il demande que les chemins latéraux à la gare soient non seulement construits par la compagnie (des chemins de fer) mais encore qu'ils soient complètement entretenus par elle - séance extraordinaire du 29.06.1877.

 

La gare fut implantée à 400 mètres environ du bourg, dans des prairies marécageuses qui furent asséchées, drainées et remblayées.

Mise en service de la ligne Niort/Saintes

 

La construction de la gare de Villeneuve ainsi que ses dépendances (halles à marchandises, puits et réservoir, château d'eau) date de 1880.

Elle est ouverte à l'exploitation le 17.10.1881. A l'ouverture de la ligne, il n'y a qu'une seule voie : elle est exploitée en voie unique jusqu'au 15.07.1899, date de mise en service d'une deuxième voie.

 

la gare façadeUne des raisons qui marque l'importance de notre station, c'est la présence d'un château d'eau construit à ses côtés, afin d'alimenter les trains pour la production de vapeur ; en effet, les trains pouvaient prendre de l'eau sans s'arrêter en gare, car, entre Saint-Etienne et Vergné existait dans l'axe de la voie, une rigole remplie d'eau et en passant à cet endroit, à une vitesse déterminée, la prise d'eau pouvait s'effectuer grâce à un manche qui descendait sous la machine.

Ces châteaux d'eau naissent avec la traction à vapeur et disparaissent avec elle - Destinés à l'alimentation en eau des machines, ils sont alors présents sur de très nombreux sites, en effet, la locomotive à vapeur consomme environ neuf fois plus d'eau que de charbon et doit être réapprovisionnée à peu près toutes les heures, quelque soit sa vitesse.

 

La cour à marchandises et sa halle connurent beaucoup d'activité : Villeneuve était alors un bourg très commerçant. De nombreux colis transitaient par la gare, et les installations furent rapidemment insuffisantes ; en 1884, la direction des chemins de fer, informait la préfècture de sa décision d'agrandir la halle aux marchandises (ce qui donnerait une surface complémentaire de 51m2)

Pas d'agrandissement pour la gare.

 

la gare 5

Le 15.11.1896, le conseil municipal demandait l'agrandissement de la gare :

"Considérant que la gare de Villeneuve-la-Comtesse prend plus d'importance de jour en jour, tant au point de vue de l'augmentation des marchandises qu'à celui du nombre des voyageurs, dont le chiffre s'élève souvent les jours de foire et marché de Niort et de Saint-Jean d'Angély de 150 à 200. Que par ce fait la salle d'attente est constamment encombrée, non seulement par les voyageurs et leurs colis, mais encore par une bascule, deux armoires et surtout un grand nombre de paquets (...) lesquels sont très souvent détériorés par la trop grande foule des voyageurs ; considérant que les commerçants et le public en général se plaignent fortement de l'exiguité et de l'insuffisance de cette salle d'attente (...). Pour ces motifs, le conseil demande avec instance à l'autorité supérieure des chemins de fer de l'état, l'agrandissement de la gare de Villeneuve la Comtesse, par la construction de deux annexes, celle du midi servirait exclusivement de salle d'attente et celle de (?)  de salle à débarras qui permettrait aux employés en se dégénant d'activer la célérité du service (...)

 

Par courrier en date du 19.03.1897, la direction des chemins de fer du ministère des travaux publics, informe monsieur le Préfet de la Charente Inférieure que, suite à la délibération du conseil municipal de Villeneuve-la-Comtesse tendant à obtenir la construction de deux annexes au bâtiment des voyageurs de la gare de cette localité, (...) il résulte que la salle d'attente est suffisante pour les besoins normaux (16 voyageurs au train le plus fréquenté) et que s'il arrive parfois, les jours de foires et marchés que le nombre de voyageurs se trouvant simultanément en gare, atteint et dépasse 200, on ne saurait admettre que les locaux soient aménagés en vue de cette affluence exceptionnelle. On vient d'enlever l'une des deux armoires et de déplacer l'autre, afin qu'elles ne gênent plus le public et de reporter les colis dans le bureau du chef de gare. Je vous prie monsieur le Préfet de vouloir bien donner connaissance de ces explications à monsieur le maire de la commune de Villeneuve-la-Comtesse (...)

Une aubaine sur le plan économique

 

C'est surtout l'après guerre qui marque l'importance économique et sociale de la gare.

Beaucoup de marchandises transitaient par la gare : la laiterie de Villeneuve expédiait du beurre en mottes, de la poudre de lait, de la caséïne, du fromage ; l'usine Villéger expédiait les meubles qu'elle fabriquait ; l'usine Barraud de Dampierre expédiait des emballages en bois déroulé...Les agriculteurs expédiaient leur production de betteraves sucrières, d'avoine, de blé ou encore de paille...

la gare 4Les arrivages en gare de Villeneuve aussi étaient nombreux : de l'engrais en provenance d'Alsace ou de Toulouse, les semences de céréales, de pommes de terre... ; le vin arrivait dans des foudres de 500 litres environ ; des wagons de graviers étaient déchargés et entreposés près de la gare, de nombreux colis étaient acheminés par le train...

Le chargement et le déchargement des waggons s'effectuaient à l'aide d'une grue.

 

Le trafic commercial se répartissait quotidiennement entre deux trains de transports et deux trains de messagerie, mais la déserte de la ligne se complétait avec huit à dix trains par jour, qui circulaient pour les voyageurs ;  chaque wagon comportait plusieurs compartiments le long d'un couloir étroit ; les banquettes étaient en bois, et sous les bancs, il y avait des tuyaux en fer remplis d'eau chauffée par la locomotive.

Des trains de pélèrinage à destination de Lourdes circulaient sur la ligne ; des trains de plaisir était mis en circulation au moment des vacances, en direction des stations balnéaires ; un des chefs de gare avait organisé un autorail spécial au départ de Villeneuve via Paris Austerlitz avec une soixantaine de voyageurs, pour assister au match de football France/Angleterre...

 

A cette époque le bâtiment de la gare comprenait deux bureaux aux rez-de-chaussée (un bureau pour le service voyageurs et marchandises et le bureau du chef de gare où étaient délivrés les billets) ; à l'étage, on trouvait le logement du chef de gare.

Le personnel était composé de quatre agents. La gare de Villeneuve était, avec celle de Saint-Jean d'Angély, les seules gares ouvertes la nuit dans notre région.

 

La gare fut à l'origine de la réussite du café restaurant de la gare où les voyageurs venaient se désaltérer, se restaurer, et se divertir ; les voyageurs pouvaient y être hébergés...

Les jeunes des villages voisins venaient y danser le dimanche, car le café possédait une salle de bal...

Les modifications

 

 

gar-VilleneuveL'éléctrification ne s'est réalisée qu'en 1931 et le coût en fut si élevé que la municipalité dû faire un emprunt auprès de la caisse de retraite des chemins de Fer, augmenter les impôts locaux et instaurer une taxe sur les tickets de train au départ de Villeneuve. 

 

Durant la seconde guerre mondiale, le château d'eau fut mitraillé par des avions canadiens qui visaient des wagons allemands.

Fâce au manque de matière première, l'occupant supprime certains tronçons de la deuxième voie, ces rails serviront à construire les ouvrages du mur de l'Atlantique ou partiront sur le front russe.

La deuxième voie ne sera pas reconstruite par la suite.

 

Dans les années 1950, le jardin du chef de gare fut transformé en véritable parc public. Il fut un lieu très vivant autour de la gare, car lieu de promenade également pour les Villeneuvois. Ce travail fut réalisé par monsieur Dangeville, (chef de gare à Villeneuve de 1945 à 1959) avec l'aide de son personnel. La gare possèdait encore 4 agents. Ce travail fut récompensé lorsque la gare fut primée au concours des gares fleuries le 05.06.1953.

 

Villeneuve---la-halle-marchandiseUn chef de gare fut maintenu à Villeneuve jusqu'en 1984, pour assurer le croisement des trains.

 

En janvier 1999, la halle à marchandises (photo ci-contre) de la gare de Villeneuve, témoignage du riche passé du village, et dernière halle de ce type existant encore en France fut détruite.

 

Le declin

 

Villeneuve avril 2011 097La gare a depuis plusieurs décénies fermées ses portes, car les voyageurs se sont fait de plus en plus rares ; des trains passent, mais ne s'arrêtent plus si fréquemment : les Villeneuvois sont peu nombreux à utiliser ce moyen de transport de nos jours, aussi il est à craindre que dans un avenir relativement proche, il n'y ait plus du tout d'arrêt...

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